Le train de nuit entre Bangkok et Chiang Mai grince à chaque virage, et moi je suis assise en tailleur sur ma couchette avec la calculatrice de mon téléphone allumée, en train de refaire mes comptes pour la troisième fois. Quatorze jours, six villes, un budget que je pensais large et qui fond plus vite que prévu. Ce carnet, c'est le compte rendu honnête de ce voyage, chiffres à l'appui et erreurs assumées.
Le budget vols et transports internes, poste par poste
Le vol international a été, sans surprise, le plus gros poste de dépense, et de loin. Les prix varient énormément selon la saison, le nombre d'escales et la date de réservation, donc plutôt que de citer un chiffre qui ne collera à la situation de personne, je dirai simplement ceci : réservez tôt, comparez les compagnies avec et sans escale à Doha, Istanbul ou Singapour, et acceptez qu'un vol direct coûte presque toujours une prime que le gain de temps justifie largement sur un séjour aussi court que deux semaines.
Une fois sur place, les transports internes ont eu la bonne surprise d'être nettement plus abordables. Le train de nuit Bangkok, Chiang Mai reste une expérience à part entière : couchette climatisée en seconde classe, drap fourni, et un tarif qui reste raisonnable comparé à un vol intérieur, même si ce dernier fait gagner une nuit entière de sommeil utile. Les bus VIP entre les grandes villes sont confortables, climatisés parfois à l'excès (prévoir un pull même sous les tropiques), et couvrent l'essentiel du territoire. Pour rejoindre les îles, le ferry est incontournable et le prix grimpe vite si on le réserve à la dernière minute sur le port plutôt qu'à l'avance en ligne.
- Vol international : le poste le plus lourd, à réserver tôt
- Train de nuit : confortable, économique, mais à réserver plusieurs jours avant en haute saison
- Bus VIP : bon rapport confort et prix sur les longues distances terrestres
- Ferry : souvent moins cher réservé en ligne à l'avance qu'acheté sur place
Le logement, du dortoir à la villa avec piscine
J'ai testé plusieurs gammes sur ce voyage, un peu par nécessité et un peu par curiosité. Le dortoir en auberge de jeunesse, d'abord, pour les deux premières nuits à Bangkok : bon marché, sociable, mais peu adapté quand on enchaîne les journées à visiter sous la chaleur et qu'on a besoin de vraies nuits de sommeil. La guesthouse familiale, ensuite, un cran au-dessus en confort et en tranquillité, souvent tenue par des gens qui connaissent le quartier mieux que un guide local. Et enfin, sur Koh Lanta, une petite villa avec piscine partagée, réservée pour trois nuits comme un cadeau de milieu de séjour après l'enchaînement des trajets.
Le coût du logement sur deux semaines s'est révélé plus élevé que ce que j'avais anticipé en additionnant mentalement des tarifs vus sur des forums avant le départ, en grande partie parce que je n'avais pas pris en compte que les prix grimpent nettement sur les îles pendant les périodes de forte affluence. Pour se faire une idée plus juste des ordres de grandeur poste par poste avant de partir, j'ai relu après coup un article qui détaille bien le budget réel d'un voyage en Thaïlande, ça permet de caler ses propres attentes avant de réserver quoi que ce soit.
Manger dans la rue ou au restaurant : l'écart est plus grand qu'on ne l'imagine
Sur ce poste, l'écart entre repas de rue et restaurant pour touristes est probablement la plus grosse variable d'ajustement du voyage. Un bol de pad thaï ou de soupe préparé sur un stand de rue coûte une fraction du prix d'un plat équivalent servi en salle climatisée avec carte en anglais et service à table. Le goût, souvent, n'a rien à envier au restaurant, et l'expérience elle-même, debout ou assis sur un petit tabouret en plastique au bord du trottoir, fait partie du voyage.
Ce que je n'avais pas anticipé, c'est à quel point on peut basculer sans s'en rendre compte vers les restaurants dès qu'on est fatigué ou qu'on voyage en groupe : après une journée de visites, l'envie d'un endroit assis avec l'air conditionné l'emporte facilement sur la logique budgétaire. La bonne méthode, avec le recul, aurait été d'alterner consciemment plutôt que de se laisser porter par la fatigue du moment : repas de rue le midi, quand on est encore en mouvement, et restaurant en soirée seulement certains jours choisis à l'avance.
Les entrées de sites et les activités, un budget qu'on sous-estime
Les temples, les parcs nationaux, les excursions en bateau vers les îles voisines, les cours de cuisine : chacune de ces activités reste individuellement abordable, mais leur addition sur quatorze jours pèse plus lourd que prévu. Certains sites très touristiques appliquent un tarif différent aux visiteurs étrangers, ce qui est une pratique courante et annoncée, mais qu'il vaut mieux intégrer dans son budget plutôt que découvrir sur place avec surprise.
Les excursions organisées à la journée (îles, snorkeling, randonnée) sont pratiques mais coûtent nettement plus cher que de s'organiser soi-même avec un ferry public et un peu de débrouille, au prix d'un peu plus de temps et d'incertitude. Sur un voyage de deux semaines, j'aurais gagné à réserver une seule excursion organisée pour la logistique la plus complexe et à me débrouiller seule pour le reste.
L'erreur numéro un : vouloir tout voir en quatorze jours
Bangkok, Chiang Mai, Krabi, Koh Lanta, Koh Phi Phi, Ayutthaya : sur le papier, l'itinéraire avait de l'allure. Sur le terrain, il a surtout généré des journées entières perdues en trajets, des valises refaites presque tous les deux jours, et une fatigue qui a fini par grignoter le plaisir des derniers jours. Le nord et le sud du pays sont à des heures d'avion ou de train l'un de l'autre, et les enchaîner en quelques jours transforme un voyage en course contre la montre.
Avec le recul, deux zones bien choisies (par exemple le nord pour la culture et la montagne, puis une ou deux îles du sud pour la mer) auraient offert un rythme bien plus agréable que six destinations traversées au pas de course. La règle que je retiens : mieux vaut rester trois ou quatre nuits minimum quelque part que d'enchaîner les étapes d'une nuit qui ne laissent le temps de rien.
La saison des pluies, mal anticipée dès la réservation
J'avais réservé les billets d'avion avant de vraiment croiser les dates avec le calendrier des moussons, en me disant qu'un peu de pluie ne gâcherait pas un voyage sous les tropiques. Sur la côte ouest et dans le sud, la période la plus humide de l'année s'accompagne d'averses fortes et parfois de mer agitée, ce qui a réduit les possibilités de sortie en bateau sur plusieurs jours et transformé certaines excursions en attente d'une accalmie.
Le pays est suffisamment vaste pour que les régimes de pluie diffèrent d'une côte à l'autre à la même période, donc l'erreur n'est pas d'avoir voyagé pendant une saison humide en soi, mais de ne pas avoir vérifié la météo région par région avant de figer l'itinéraire. Un itinéraire flexible sur les deux ou trois derniers jours, avec une destination de repli, aurait évité de perdre du temps à attendre que le ciel se dégage.
Cash, carte bancaire et SIM locale : ce que j'aurais organisé autrement
Les marchés, les stands de rue, les petits songthaews (ces camionnettes qui servent de taxis collectifs) et une bonne partie des guesthouses familiales ne prennent que des espèces. La carte bancaire fonctionne bien dans les grandes enseignes, les hôtels de catégorie moyenne à supérieure et certains restaurants pour touristes, mais elle laisse rapidement sur le carreau dès qu'on sort des zones les plus fréquentées. J'ai sous-estimé la part de cash nécessaire au quotidien et j'ai payé plusieurs fois des frais de retrait au distributeur faute d'avoir prévu assez large en arrivant.
Côté connexion, une carte SIM locale achetée dès l'aéroport d'arrivée s'est révélée être l'un des meilleurs réflexes du voyage : cartes de transport, applications de réservation, cartes hors ligne pour les trajets en scooter ou en bus, tout devient plus simple avec une connexion locale fiable plutôt qu'en comptant sur le wifi hôtelier. À refaire, j'organiserais mon retrait de cash dès l'arrivée en ville plutôt qu'au compte-gouttes, et j'achèterais la SIM avant même de quitter l'aéroport.


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